Tribune

Philippe Delarbre : un juge à l’écoute

Animer une juridiction, faire le lien avec la société, mettre en place une organisation optimale, le président du TGI de Bordeaux mène son action en privilégiant la relation aux autres.

Nathalie VALLEZ - 5 août 2019
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Les différentes fonctions de la magistrature, Philippe Delarbre, président du Tribunal de Grande Instance de Bordeaux, les a pratiquement toutes exercées. Il a été substitut du procureur de la République, juge au TGI, vice-président, élu au Conseil Supérieur de la Magistrature, vice-président de l’application des peines, directeur du casier judiciaire national, président de tribunal… Ses différents postes l’ont conduit dans tout un quart ouest de la France : Rennes, Angers, Nantes, Brest. Mais c’est de Lyon qu’il est originaire. Et comme nombre de ses pairs, il a découvert Bordeaux à l’École Normale de Magistrature. Une ville qu’il a retrouvée transformée quelque 30 années plus tard, lorsqu’il a été nommé président en 2015.

Pour Philippe Delarbre, magistrature rime avec notion d’utilité publique ; « On croit que les magistrats sont là pour sanctionner, mais on est là pour aider les gens ». Face aux injustices, il a choisi un métier d’autorité pour rétablir les équilibres. Une volonté d’écoute et de proximité qui se ressent dans toute sa carrière. Lorsqu’il est président du Tribunal de Brest, il prend le temps de recevoir les prisonniers qui ressortent après avoir purgé une longue peine « question de dignité » et c’est un peu ce qui lui manque actuellement : s’éloigner du justiciable.


Pour lui, « la justice peut jouer un rôle de médiation » et il regrette que des affaires comme Outreau aient renforcé cette méconnaissance du rôle du magistrat, au moment même où il constate une amélioration de l’exercice du pouvoir.

Être à l’écoute de la société, c’est aussi être à l’écoute et à la mesure, de sa juridiction. La sienne représente environ 110 juges, ses attributions sont multiples : « Ma première fonction » commente-t-il, « est l’animation de la juridiction, adapter les besoins de l’activité aux moyens, définir les priorités. Je dois ainsi assurer une bonne administration de la justice ». Ainsi, est-il fier d’avoir renforcé les affaires familiales et d’avoir raccourci le délai de passage devant un juge d’une année à 2 mois d’attente ou encore d’avoir travaillé sur les nouveaux pôles sociaux… Son autre travail est l’accompagnement des magistrats tout en tenant compte de leurs aspirations. « On peut être heureux au travail ! », dit-il. Selon lui, un bon président doit adapter le travail en fonction des besoins et faire le lien avec la société civile. « C’est une subtile combinaison, le métier de magistrat, il y a un enjeu juridique car le droit est évolutif, mais aussi l’animation d’une
communauté humaine à qui donner du sens. » Et c’est sa plus grande satisfaction : la relation avec les magistrats, greffiers, avocats et les partenaires de l’institution. C’est le sentiment qu’à travers ses responsabilités, il peut donner aux autres le plaisir d’être au travail. Une satisfaction suivie d’une autre immédiate : la mise en place d’une organisation la plus optimale possible : « Et même s’il reste des chantiers, le
tribunal fonctionne bien ! » sourit-il.