Sortir en Gironde

L’institut Bernard Magrez voit Rouge

Draps froissés, plantes luxuriantes et regards hagards. La nouvelle exposition à l’Institut Bernard Magrez a laissé carte blanche à l’artiste de Street art Rouge. Intitulée « La nuit n’en finit plus » elle revient à l’aide de grandes toiles sur l’espace intime où des moments de solitude, moments suspendus jouxtent une profusion matérielle.

Nathalie VALLEZ - 27 septembre 2019
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Rouge est la première Street artiste en résidence de création à investir l’Institut Bernard Magrez. Elle qui a débuté par des collages et fresques dans l’espace public s’est adaptée à la galerie de l’Institut : « Ce lieu se prête davantage à une exposition traditionnelle », commente-t-elle. « Une démarche classique par rapport à mon travail habituel fait d’installations. » Ici, la première salle illustre le titre de l’exposition  La nuit n’en finit plus, une chansonde Pétula Clark de 1963 et reprend des paroles : C’est triste à pleurer ou encore Malgré le vide. « Une litanie déprimée des années 60, un moment où l’on s’apitoie sur soi-même », souligne Rouge. La seconde salle illustre davantage son travail de préparation : « une série d’états des lieux et de non-dits ». Des portraits et tissus sur fonds noirs : des figurations jamais symboliques mais toujours narratives. Rouge connaît toutes les personnes qui figurent sur ses toiles et qu’elle prend en photo : « Je ne m’intéresse qu’au réel », précise-t-elle. « Le tissu ne raconte rien. Sa matérialité enserre le corps. » La jeune artiste ne cache rien de son attirance pour la peinture classique. Bien qu’elle appartienne à la scène urbaine très contemporaine, elle renoue avec l’histoire de la peinture longue, avec des processus artisanaux tels que ses esquisses au fusain « pour voir comment la lumière fonctionne ». Une démarche à contre-courant de la production rapide dans le street art. Les toiles illustrant La nuit n’en finit pas fonctionnent comme un système de scènes intimes. Des passages à vide confrontés à la densité matérielle et les fonds colorés, « des touches de fluo pour donner de l’acidité, de l’artificialité », note Rouge. Ces compositions imposantes sont dans l’équilibre constant entre l’intensité lumineuse et la proximité des corps qui reconfigurent un ensemble de scènes quotidiennes où le vide et la solitude se font éclatants. « La nuit se traîne, la nuit n’en finit plus, et j’attends que quelque chose vienne», chantait Pétula Clark. Rouge pose un regard à la fois grave et tendre sur ces fragilités de l’intime : « J’ai juste envie de leur dire que ce n’est pas grave. Ça arrive ! », sourit l’artiste.

Exposition La nuit n’en finit plus. de Rouge
Espace de la Boétie, Institut Culturel Bernard Magrez
Jusqu’au 3 novembre