Economie

Le marché se transforme

L’attractivité des grandes métropoles régionales et la reprise de l’emploi se répercutent sur l’immobilier de bureaux. Lyon, Nantes et Marseille figurent en tête du marché locatif tertiaire en régions. Le coworking, très marginal, pourrait devenir, à terme, une tendance majeure.

Anne DAUBRÉE - 15 novembre 2019
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Les métropoles régionales les plus recherchées par les entreprises ? Lyon, choisie par 23,4 % des entreprises, suivie de Nantes (11,5 %), Marseille (11 %), Toulouse (10,9 %), et Bordeaux (9,3 %). Après Aix-en-Provence, Rennes et Lille concentrent, respectivement, 4,5 % et 3,6 % des démarches. Tels sont les résultats du dernier baromètre semestriel de la demande de bureaux à louer dans les dix premières métropoles régionales, publié par BureauxLocaux, site d’annonces immobilières pour les entreprises, en juillet dernier. D’après l’étude, c’est le dynamisme des emplois de bureau hors Île-de-France qui tire le marché immobilier tertiaire dans les métropoles régionales. 

HAUSSE DES LOYERS

En termes de prix, Lyon conserve, de loin, la première place, avec un loyer mensuel moyen (sur un an) de
180 euros (hors taxes et charges), le mètre carré, soit
4 % de hausse en un an, et un plus haut de 310 euros. Sur la deuxième marche du podium figure Nantes, portée par l’attraction croissante de l’Ouest de la France. Là, les loyers moyens atteignent 146 euros, le m2 (HT/HC) (+ 3 %, sur un an) avec un maximum relevé de 276 euros. Autre tendance forte repérée par le baromètre, en lien avec l’attrait renforcé pour les métropoles régionales, une très forte augmentation des loyers, comme à Lille (+ 9,7 %) ou Rennes (+ 9 %). Mais c’est la ville de Tours qui détient la plus forte envolée des loyers : + 19,9 %. 

En comparaison, à Paris, en moyenne, les loyers mensuels de bureaux atteignent 464 euros (HT-HC ) le m2, un montant qui peut grimper jusqu’à 1 000 euros pour le haut de gamme. En un an, les loyers ont augmenté de 6 %, en moyenne, dans la capitale, mais les différents arrondissements suivent des trajectoires très diverses. Au top 3 des plus recherchés par les entreprises figurent le VIIIe, qui concentre
11,8 % des recherches, le IXe (8,4 %) et le IIe (8,1 %). Derrière, le Xe arrondissement affiche un loyer moyen (sur 12 mois) de 430 euros /m2, soit 18,3 % de plus que
l’an dernier : il offre encore un « excellent rapport qualité prix » d’après BureauxLocaux. Apprécié des jeunes actifs, il abrite la Gare de l’Est et la Gare du Nord, deux dessertes stratégiques, y compris à l’international. Autre tendance forte, à l’Est de la capitale, les prix ont augmenté de 20 %. Certains quartiers résidentiels, comme le XXe arrondissement, qui disposent de grandes surface et sont bien desservis en transports, attirent de plus en plus les entreprises qui ne peuvent pas aborder les prix de l’Ouest parisien.

L’ÈRE DU « JUNGLEUR » EST-ELLE VENUE ?

Tendance émergente, le coworking ne représente d’après BureauxLocaux encore que 1,5 % des mètres carrés de bureaux en France, et l’offre est encore peu présente en régions. Mais d’ici dix ans, ce chiffre devrait être multiplié par 20, car cette formule correspond aux attentes de flexibilité des entreprises, en particulier du secteur numérique. Une projection qui va dans le sens de l’étude « Confort et bien-être. Quelles traductions à l’heure des nouveaux modes de travail ? », publiée en juillet dernier par L’Observatoire de l’Immobilier Durable, qui émane de professionnels du secteur. L’étude pointe, en effet, une progression « fulgurante »
des nouveaux modes de travail : en 2017, la France comptait 600 espaces de coworking, soit dix fois plus qu’il y a cinq ans. Par ailleurs, le télétravail également est en augmentation, même s’il demeure à évaluer : il concernerait de 8 % à 17,7 % des actifs français.

Et pour l’Observatoire de l’Immobilier Durable, à cette tendance correspond une « notion-clé » : « jungler », c’est à dire « la capacité à jongler avec les lieux et services dans la « jungle urbaine » physique et virtuelle (…). Il ne s’agit pas d’une typologie de personnes mais d’une échelle sur laquelle chacun peut se placer à des degrés divers et selon les situations. Le « jungleur » a ainsi recours à des espaces de travail diversifiés, et dont ce n’est pas la destination initiale, à l’image des cafés ou des transports ».

L’évolution actuelle du monde du travail, rappelle l’étude, va dans le sens d’une flexibilité accrue. C’est ce que montre l’évolution du contrat de travail, avec ceux centrés sur la réalisation d’une mission. Et, également, la progression de l’emploi indépendant : depuis 2003, le nombre d’indépendants a progressé dix fois plus vite que la population salariée, une augmentation tirée par des emplois peu qualifiés dans la construction et des emplois très qualifiés dans les services. Autre tendance, le recours aux auto-entrepreneurs (passés depuis micro-entrepreneurs), devenu presque banal : en 2015, plus d’un quart des dirigeants d’entreprises se sont adressés à eux. Et enfin, d’après l’étude, à cadre législatif constant, l’emploi non salarié pourrait représenter, à terme, un peu plus d’un quart de l’emploi contre 22 % aujourd’hui. Autant de signes qui présagent d’une progression du « jungleur »…