Tribune

Lassina Diabaté : des terrains au business

Après une solide carrière de footballeur professionnel, Lassina Diabate s’est reconverti dans le business avec brio et de manière originale. Depuis 5 ans, il dirige et anime le Réseau Premium, un réseau de mise en relation d’affaires ouvert à tous les dirigeants de PME, professions libérales, commerçants, artisans… et de tout secteur d’activité. Chaque mois, il organise des événements à Bordeaux et en Gironde pour que les milieux d’affaires échangent et partagent en toute convivialité.

Vincent ROUSSET - 26 juin 2019
______

Echos Judiciaires Girondins : Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Lassina Diabaté : « Originaire de Côte d’Ivoire, je suis arrivé en France à l’âge de 16 ans, directement au centre de formation d’Alès. Loin de ma famille, j’ai dû rapidement m’adapter à un environnement très différent de mon pays natal. Grâce à mes parents qui m’ont inculqué des valeurs fortes, je me suis construit par le football dans une compétitivité saine, avec l’exigence du travail, du respect et du partage. »

EJG : Comment avez-vous vécu ces premières années ?

L.D. : « Dans un premier temps, ce fut compliqué. Il n’y avait ni Skype ni Internet et très peu le téléphone. Je rentrais une fois par an en Côte d’Ivoire et l’éloignement vis-à-vis de mes parents était difficile. Il a fallu que je trouve des ressources fortes en moi durant cette période et puis j’ai eu de la chance : j’ai eu comme un second père en la personne de René Cédolin, mon entraîneur qui avait entraîné Sochaux à l’époque de Stéphane Paille. Il fallait bien jouer bien sûr mais tout en prenant du plaisir. Et puis je me suis fait de grands amis fidèles et on rigolait bien… »

EJG : Quels grands souvenirs avez-vous de votre carrière de footballeur professionnel en France et dans l’équipe de Côte d’Ivoire ? Quels enseignements en avez-vous tirés ?

L.D. : « Je me souviens de deux matches particulièrement avec la Côte d’Ivoire en 1998 en Coupe d’Afrique des Nations où je marque ce but à la 90ème minute contre la Namibie, de voir le bonheur et la fierté de tous les gens autour de moi. Et puis ce but que je marque de 30 mètres en 1999 contre Lyon qui nous permet d’atteindre le titre de champion de France avec Bordeaux. Je me suis nourri de ça. à chaque fois que je jouais, ce n’était pas que pour moi, je jouais pour les spectateurs qui payaient leur place, pour que tout le monde soit fier de moi.

Le football m’a aussi permis de changer de statut social. C’était une méritocratie pour moi qui venait d’un milieu simple. En plus, j’étais le 1er de la famille à devenir sportif de haut niveau ! »

EJG : Comment avez-vous eu l’idée de lancer votre Réseau Prémium ?

L.D. : « Dans le foot, j’avais bien vu qu’il y avait deux
aspects : le sportif et le business. J’ai du respect pour les chefs d’entreprise, milieux d’affaires et sponsors, j’ai fait de belles rencontres. Après la fin de ma carrière – une chose tant redoutée par les footballeurs – ce fut un peu le vide. Mais j’avais envie de voir autre chose et l’idée m’est venue de créer un petit réseau de chefs d’entreprise avec des événements autour du foot. Ce fut d’abord LD Team mais j’ai voulu élargir aussi et ne pas me cantonner au foot. » 

EJG : Comment fonctionne votre réseau ?

L.D. : « Réseau Prémium est un réseau de mise en relationd’affaires, de partage et d’échange ouvert à tous les dirigeants de TPE, PME, professions libérales, commerçants, artisans… et de tout secteur d’activité (BTP, assurance, avocats d’affaires…). Nous comptons actuellement une soixantaine d’adhérents : la cotisation est de 145 euros par mois. Nous nous réunissons mensuellement pour des rendez-vous conviviaux ou partages sur des thématiques diverses comme celle qui a eu lieu le 17 juin sur le conseil en patrimoine ; communication et proximité sont les maîtres mots au service du business. Chaque membre échange, s’informe, recommande et développe son réseau de partenaires. »

EJG : Quelles valeurs souhaitez-vous porter avec les membres du Réseau Prémium ?

L.D. : « Les exigences du sport de haut niveau sont similaires à celles de l’entrepreneuriat, l’esprit d’équipe, la cohésion, les objectifs à atteindre et le dépassement de soi. Le Réseau Prémium apporte à ses membres une passerelle entre ces deux univers. En chaque être sommeille un champion ! »

EJG : Quelles sont les perspectives de votre réseau ?

L.D. : « Moi, ce que je veux, c’est pérenniser le business, on ne souhaite pas faire du « one shot » ni du chiffre, nous resterons autour de 60 membres. Nous voulons développer surtout un pont économique entre Bordeaux, son agglomération et le Bassin d’Arcachon où ça bouge aussi. Enfin, j’ai aussi un fil conducteur : le lien avec mon pays d’origine, ses opportunités d’affaires mais également valoriser les talents d’origine africaine de Bordeaux et pas simplement issus de la Côte d’Ivoire ! »

EJG : à propos de sport, comment voyez-vous l’évolution des Girondins de Bordeaux depuis son rachat par l’investisseur Joe Da Grosa ?

L.D. : « Je suis optimiste et certain que ce qui est en train d’être mis en place va porter ses fruits. Il y a la volonté et l’argent de la part de l’investisseur. Il faudra faire le bilan au bout de 6 mois lors de la prochaine saison. On était dans l’échec, il fallait renouveler les équipes. Je supporte toujours les Girondins de Bordeaux avec lesquels j’ai gardé d’excellentes relations et si je peux les aider d’une manière ou d’une autre, je le ferai. »

Propos recueillis par Vincent ROUSSET