Tribune

Jean-François Déramé : rétablir l’équilibre

Après une carrière bien remplie, le président du Tribunal administratif Jean-François Desramé a réalisé son voeu le plus cher, terminer sa carrière à Bordeaux, et se satisfait des bons résultats de sa juridiction.

Nathalie Vallez - 28 septembre 2019
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Un juge administratif n’est pas un empêcheur, il n’est pas là pour bloquer des projets » prévient Jean-François Desramé. Il cite volontiers cette phrasede Joseph Joubert, moraliste du XIXe siècle : « La justice c’est le droit du plus faible » et de rajouter : « C’est la noblesse du juge de rétablir l’équilibre ».
Le Président du Tribunal Administratif de Bordeaux a gravi un à un les échelons avant de terminer sa carrière à cette place qu’il a voulue. Cette volonté l’a guidé tout au long de sa carrière qui l’a mené dans tous les coins de France, avec des détours par l’Outre-mer, dont il a pris « le virus ». Lui qui se destinait à devenir professeur d’allemand a finalement choisi d’étudier le droit à Caen. Son cursus obtenu avec mention lui assure plusieurs propositions : « Pendant les 30 Glorieuses, on venait vous chercher », regrette-t-il et, après un DESS à la Sorbonne, il choisit les PTT. Sa réussite au concours d’entrée au Tribunal administratif lui vaut sa première rencontre avec Bordeaux, en 1992, lorsqu’il est affecté à la Cour administrative d’appel. « Ce n’était pas le Bordeaux d’aujourd’hui », se souvient-il. « C’était triste, noir, les quais étaient sordides. » Il tombe pourtant sous le charme de la capitale girondine et souhaitera toujours y retourner. Après deux années en Nouvelle- Calédonie, il est nommé Président à Grenoble, avant d’être enfin muté à Bordeaux en 2013.


« Le travail sur dossiers de juge administratif peut paraître assez monacal », reconnaît Jean-François Desramé, pourtant lui y trouve beaucoup de satisfactions : « Cela permet au contraire de nombreux contacts avec l’extérieur, les avocats, le monde de l’université, les associations diverses… ». Revenant à la citation de Joubert, il développe : « C’est souvent un citoyen isolé devant une administration toute puissante, le juge est là pour rétablir l’équilibre entre des parties déséquilibrées ». Ceci est garanti par le caractère inquisitoire de l’instruction, avec des instruments performants. Lui se félicite de la facilité de recours auprès du juge administratif, du grand nombre de requêtes traitées dans un délai raisonnable (moins de 10 mois en moyenne). S’il salue la simplicité des procédures administratives, il trouve également des bienfaits dans la justice prédictive qui présente des atouts pour les contentieux de masse à délais contraints : « Cela ne remplace pas le juge mais peut l’aider à prendre une bonne décision, et harmoniser en échappant à sa sensibilité personnelle ». Chaque année, plus de 6 000 requêtes passent par sa juridiction qui compte 26 juges officiant sur la Gironde, le Lot-et-Garonne et la Dordogne. Les journées se suivent et ne se ressemblent pas forcément ; le chef de juridiction doit organiser son tribunal, régler les litiges, suivre des réunions « sans excès ! » avec les présidents de chambres, la greffière en chef, parfois tous les magistrats, et régler des contentieux, en contact avec les experts de justice ou les commissaires enquêteurs. « Enfin, le Tribunal a un bon bilan » se réjouit-il, « et je suis heureux de terminer en Président du Tribunal administratif à Bordeaux. »