Economie

Nouvelle-Aquitaine : décrochage historique

Le confinement débuté le 17 mars a heurté de plein fouet l’économie. Si quelques secteurs industriels néo-aquitains ont réussi à résister, les autres, tout comme les services marchandset la construction, sont à l’arrêt. La tendance pour avril reste à la contraction. Le point par secteur.

par Jennifer WUNSCH - 1 mai 2020
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On peut tenter de se rassurer en constatant que les chiffres de la conjoncture en Nouvelle-Aquitaine recueillis par la Banque de France concordent avec les données au niveau national. Néanmoins, le repli d’activité enregistré à partir du 17 mars, date de début du confinement, est historique. Et « la tendance pour le mois d’avril est toujours sur un repli, au niveau régional comme national, même si les chefs d’entreprises ont peu de visibilité sur le mois à venir », annonce Régis Haumont, adjoint au directeur régional de la Banque de France. En particulier en raison des incertitudes qui persistent sur les modalités du déconfinement.

Réorientation des productions

Dans l’industrie, la production a chuté de façon brutale sur la deuxième quinzaine de mars en Nouvelle- Aquitaine, en particulier dans les secteurs de l’industrie aéronautique et spatiale (qui subit la paralysie de l’activité mondiale) et de l’automobile, ce qui a impacté tous leurs sous-traitants (fabrication de pièces métalliques, machines, équipements électriques et électroniques, matériel de transport). La filière bois quant à elle est à l’arrêt. Mais globalement, la contraction dans l’industrie néo-aquitaine est moindre qu’au niveau national, grâce au maintien de plusieurs filières locales. La pharmacie, pour laquelle la demande européenne en produits de réanimation et médicaments s’est maintenue, voire renforcée, a été particulièrement préservée. L’industrie agroalimentaire, secteur prioritaire dans le contexte de la crise sanitaire, s’est quant à elle « adaptée pour répondre aux demandes des moyennes et grands surfaces », précise Régis Haumont, grâce à l’introduction de mesures sanitaires dans la production. La chimie a également résisté, avec une réorientation de la production vers les produits à usage médical : détergents et gels hydroalcooliques. Enfin, « la production de papier et carton se maintient aussi, du fait de l’accroissement de la demande d’emballages », explique Régis
Haumont. 

Pour tout le secteur industriel, « les carnets de commandes restent moins dégarnis qu’après la crise financière de 2008 », assure l’adjoint au directeur régional de la Banque de France. La reprise d’activité devrait être progressive en avril, freinée par la nécessité de mettre en place des mesures de sécurité, des mesures sanitaires et par l’incertitude sur la disponibilité du personnel. « Mais les stocks sont très bas, les stocks tampons ont été utilisés, en particulier dans les domaines qui se sont maintenus, il va donc falloir redémarrer l’outil de production afin de reproduire beaucoup, pour recréer ces stocks », prévient Régis Haumont, qui précise par ailleurs que la Banque de France n’a pas publié son baromètre du climat des affaires en mars, « car il s’est effondré », dans l’industrie comme dans les services marchands, où il est encore plus dégradé.

Télétravail salvateur

« On constate en effet une baisse significative de l’activité comme de la demande dans le secteur des services, avec de nombreux établissements qui ont dû brutalement fermer », rappelle Régis Haumont. Une atteinte qui est un peu plus forte pour les services marchands en Nouvelle-Aquitaine qu’au niveau national. Restaurants, lieux d’hébergement, salons de coiffure, salles de spectacle vivant, mais aussi transport/entreposage, réparation automobile, logistique et intérim ont été touchés de plein fouet par une baisse, voire un arrêt de l’activité. Néanmoins, « sur certains marchés comme l’alimentaire ou le transport routier, le recours à l’intérim a persisté pour répondre aux besoins pendant la période », note Régis Haumont. Une baisse des effectifs, en raison de la mise en place du chômage partiel, est notable dans la plupart des secteurs, mais c’est l’hôtellerie qui est la plus touchée, et « d’éventuels licenciements étaient évoqués dès le mois d’avril », prévient le rapport de la Banque de France. 

A contrario, « certaines filières des services ont bien tenu, car elles ont pu avoir recours au télétravail salvateur », indique Régis Haumont : les activités informatiques et services d’informations, ingénierie/architecture, les éditeurs de logiciels, ainsi que les cabinets comptables et activités juridiques. Le secteur des services marchands s’attend, au niveau régional comme national, à une nouvelle dégradation de l’activité en avril, mais moindre qu’en mars, en particulier dans les services d’ingénierie/architecture et les conseils juridiques, où la demande résiste, « même si de nombreux projets sont reportés par les clients, et les démarches commerciales réduites », constate Régis Haumont.

Délais à revoir dans les BTP

Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, la production s’est totalement arrêtée en mars, selon
l’enquête trimestrielle de la Banque de France, avec
« au niveau national, des carnets de commande retombant au niveau de fin 2015 », qui constitue un creux historique pour la construction, alerte Régis Haumont. D’autre part, « les délais sont à revoir. Et si les marchés publics ne donnent pas lieu à des pénalités, un doute persiste concernant le privé », estime-t-il. Dans le secteur des travaux publics, l’activité s’était très bien maintenue au premier trimestre, malgré la période pré-
électorale. La reprise est attendue dès le déconfinement, mais « conditionnée à la mise en œuvre des mesures de sécurité suffisantes », prévient la Banque de France. 

Dans le gros œuvre, les carnets de commandes étaient consistants avant la crise, et il pourrait y avoir une surcharge d’activité dès la reprise. Mais malgré la publication du « guide des préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des activités en période d’épidémie de coronavirus covid-19 » pour le secteur du bâtiment au début du mois d’avril, c’est l’incertitude qui prévaut quant à la reprise des chantiers. En effet, l’approvisionnement en matériel et la main d’œuvre devront être disponibles. Concernant les maisons individuelles, « les incertitudes des ménages sur la pérennité de l’emploi et la mise en place du chômage partiel font qu’il pourra y avoir des projets remis en cause ou retardés », prévient Régis Haumont. Dans le second œuvre, enfin, ce qui fonctionne est ce qui est relatif au dépannage. 

Le médiateur du crédit très sollicité

Dans tous les secteurs analysés, le repli devrait donc se poursuivre en avril, en Nouvelle-Aquitaine comme au niveau national. « La reprise sera progressive et dépendra de la pérennité des entreprises, qui, même si elles sont soutenues, connaissent de graves difficultés, avertit Régis Haumont. On peut s’attendre à ce que les défaillances augmentent. On a déjà constaté, au niveau national, un triplement des incidents de paiement entre mi-mars et mi-avril », admet-il. La médiation du crédit, créée lors de la crise de 2008 pour traiter les difficultés bancaires conjoncturelles (crédits, découverts…), et qui est aujourd’hui rattachée à la Banque de France, connaît « une resollicitation forte et vigoureuse en 2020. En 3 mois, on aura dépassé le niveau atteint en 2019 sur toute l’année », annonce Régis Haumont. Des données qui confirment la crise violente et durable dans laquelle est entrée l’économie française, « qui devrait connaître en 2020 une chute du PIB d’au moins 8 % », selon le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau (Journal du Dimanche du 18 avril). Et qui doit encore s’armer de patience avant d’entamer son progressif déconfinement, à partir du 11 mai prochain.