Economie Entreprises

“Change now” mille avenir pour la planète

Tout pour la Planète ! Sous les verrières du Grand Palais, start-up, grands groupes et structures à but social ont affiché leurs propositions pour inventer un XXIe siècle écologique et solidaire

Anne DAUBRÉE - 6 mars 2020
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Cela va des cocottes à l’intelligence artificielle… Du 30 janvier au 1er février, une étonnante manifestation s’est tenue à Paris : « Change Now », qui se veut une sorte d’exposition universelle, où s’affichent les innovations sociales et environnementales susceptibles de répondre aux grands enjeux du XXIe siècle (réchauffement climatique, biodiversité, caractère fini des ressources, éducation…).

Sous les verrières du Grand Palais, les participants étaient répartis selon une dizaine de thèmes, comme l’agriculture et la biodiversité, ou bien la mode et le luxe responsable, la mobilité verte ou encore l’économie circulaire. Un thème qui fait la part belle aux changements de comportements, avec un mélange de technologies modernes et parfois… très anciennes. Exemple avec « Cocott’arium », dont le stand affiche une jolie poulette. « Nous menons des opérations de sensibilisation au tri des déchets », précise Aurélie Deroo, fondatrice de Cocott’arium. Le principe : l’entreprise (de l’économie sociale et solidaire), fournit un petit poulailler. Celui-ci est géré par une structure d’insertion qui se charge de nourrir les poules avec les déchets laissés par les habitants voisins, et de redistribuer les œufs à ces derniers. Avec un démarrage il y a six mois, Cocott’arium a déjà équipé une dizaine de sites, dont le siège de Carrefour à Massy (Essonne) ou une école primaire à Cabourg (Calvados). « Nous avons un but social et environnemental. Nous mettons en valeur des structures d’insertion, le commerce local et nous aidons à retrouver des lieux de vie commun en ville, qui réintègrent le vivant », précise Aurélie Deroo, qui sauve aussi des poules de l’abattoir…

À quelques pas de là, le stand de Yuka, cette application née en 2014, et devenue le cauchemar des marques. Elle permet aux consommateurs de décrypter la composition des produits présents sur les rayons de supermarchés, en scannant leur code-barres. Autres acteurs présents, Rcube, une association créée en 2014, qui promeut l’économie circulaire, notamment via son label « produit reconditionné ». Ou encore, le « Réseau vrac » : qui regroupe quelque 377 épiceries en France, qui vendent des produits alimentaires, mais aussi d’hygiène et cosmétique, sans conditionnement. « Entre 2018 et 2019, nous sommes passés de 38 % à 40 % des Français qui ont consommé du vrac au moins une fois dans l’année. Mais 0,5 % des consommateurs le pratique régulièrement », note Célia Rennesson cofondatrice du réseau. 

Entre décroissance et croissance verte

Mais « Change Now » est loin d’être réservé aux petites structures. Les grands acteurs de l’économie sont largement partie prenante de l’événement, qui compte des partenaires de taille, tels Orange, BNP Paribas ou encore Veolia et Microsoft, présents directement, ou via des initiatives soutenues. Exemple : Orange, qui affiche ses ambitions, à savoir d’anticiper de dix ans les objectifs de l’accord de Paris sur le climat en étant neutre en carbone d’ici 2040. La société présente également des entreprises, comme « Map Action » malienne. Celle-ci a créé une méthodologie pour identifier les problèmes environnementaux du pays et leurs impacts, en utilisant smartphone et cartographie par les drones.

Une autre petite société bretonne, Copeeks se présente sous l’égide de Microsoft, dans le domaine de l’agriculture et de la biodiversité. Son outil connecté surveille les processus de productions animales et végétales, avec la promesse d’un double bénéfice : une agriculture de précision, potentiellement économe en ressources, et une traçabilité des produits alimentaires. « Nous produisons à la fois le hardware et le software et nos solutions sont basées sur l’intelligence artificielle », précise Julie Champion, chargée de développement commercial de Copeeks.

Au total, d’après les organisateurs, c’est un millier de « solutions » diverses qui ont été présentées, provenant d’une centaine de pays. Avec un large mélange des genres, les start-up à la recherche d’un investisseur, côtoyant des structures de l’ESS qui misent sur la rencontre avec des décideurs de collectivités locales ou d’acteurs privés pour proposer leurs prestations…

Créé en 2017, « Change now » était jusqu’alors hébergé à Station F, grand incubateur parisien de start-up. « Pitchs de start-up », « rendez-vous networking », « sides events », « speakers » prestigieux, qui défilent … De sa matrice, l’événement a conservé les modalités, mais le propos s’efforce de s’élargir. Il laisse ainsi cohabiter partisans de la croissance verte et d’autres, qui semblent plutôt miser sur une certaine décroissance. Au-delà de l’ingéniosité des solutions pratiques proposées, « Change now » offre aussi un panorama de modèles sociétaux possibles.