Droit

Antoine Carbonnier : un avocat dans la vigne

Avocat de proximité, Antoine Carbonnier, nouveau Bâtonnier de Libourne, passe de son cabinet à ses vignes avec le même engagement.

Nathalie VALLEZ - 22 juillet 2019
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La vie d’Antoine Carbonnier a trois points cardinaux : Paris par évidence, La Réunion par amour et Libourne par tradition familiale. « Je suis devenu avocat assez tard », remarque-t-il, lui qui se destinait à devenir commissaire-priseur. De ces années d’étude, il garde le souvenir ému de l’abolition de la peine de mort et du discours de Robert Badinter, « un événement marquant pour tous les juristes ». Rares sont (selon lui) les vocations précoces et le barreau s’est peu à peu imposé. Antoine Carbonnier intègre un gros cabinet parisien de droit des affaires. Parallèlement, il travaille en tant qu’avocat spécialisé dans le droit commercial à La Réunion, dont est originaire sa femme. Ses liens avec l’île sont multiples, il y ouvrira même un restaurant. L’année 2003 amorce un tournant dans sa vie ; son père Jean Carbonnier décède. Ce juriste libournais très réputé pour avoir, entre autres, rédigé plusieurs textes de loi dont celui sur le divorce par consentement mutuel, laisse une maison de famille à Libourne qu’il décide de réinvestir. La vie de Maître Carbonnier bascule : « J’ai fait le choix d’une vie familiale ».

Finis le droit des sociétés et le droit des affaires, les fusions-
acquisitions, Antoine Carbonnier apprend un autre langage,
découvre « l’aide juridictionnelle » et un milieu social très
différent. Dans cette ville cernée de vignes, il se forme au droit viticole, travaille essentiellement avec les vignobles et finit même par en racheter un. Avec 12 hectares à Sainte-Foy-La-Grande pour une production annuelle de 15 000 bouteilles, il se heurte aux grandes difficultés des petits vignerons. « Hors des appellations Saint-Émilion ou Pomerol, la plupart des exploitations rencontrent beaucoup de problèmes ». Lui produit du Montravel, proche de Bergerac, « des vins merveilleux » s’enthousiasme-t-il, mais à l’heure où tout le monde s’intéresse au bio, c’est difficile dans cette région où il y a beaucoup de travail au noir et une misère qui va du petit ouvrier à son patron. Élu récemment, le Bâtonnier avait déjà connu d’autres charges représentatives à Libourne, puisqu’il a été conseiller municipal avant de rompre de manière fracassante avec le maire. Ici, il représente un barreau jeune et précaire, qui lutte pour son maintien. « La paupérisation est indéniable et elle s’accompagne d’une féminisation de la profession. » Des inégalités qu’il entend défendre, lui qui se présente comme un « avocat de proximité ». Le Tribunal d’Instance de Libourne, un temps menacé, a été défendu bec et ongles par le Barreau très fortement mobilisé : « Ici, c’est un symbole. Notre petite ville est riche par son patrimoine, son histoire et les personnalités qui l’ont marquée ».